dimanche 7 décembre 2008

Talent


Emmanuel Sapet, lors d’une mission photographique à Aubervilliers, rencontre des familles roumaines ayant aménagé dans une ancienne usine de peinture abandonnée. Il en tire d’émouvantes photos pleines de dignité et truffées de signes. Au bout d’un an de travail, il offre les portraits à ses modèles qui les envoient en Roumanie pour donner de leurs nouvelles. Constant, tenace, Manu Sapet se rend en Roumanie plus tard, apprend la langue, distribue d’autres portraits et surtout photographie les familles restées au pays pour en donner des nouvelles aux émigrés d’Aubervilliers. Un messager moderne plein de sensibilité et d’humanité, avec un brin d’humour, une intarissable curiosité, de la pudeur et de l’empathie, un discours photographique de qualité, un pont d’images entre deux mondes. L’exposition vient de s’achever, mais retenez bien le nom du photographe : ce jeune homme désile nos yeux, donc il a de l’avenir.

Boycottez le Tapi® !


Lu dans la presse de ce vendredi 5 décembre : « Oscar est une pièce qui date. (…) Selon moi, la pièce n’était pas jouable comme ça. Je l’ai donc réécrite entièrement pour lui donner la couleur du moment. » précise-t-il. Ajoutez à cela qu’il dirige lui même les acteurs ». Lui qui ? Peter Brook ? Un autre grand metteur en scène ? Un adaptateur de génie ? Niet, c’est Nanard. Après avoir empoché des millions qu’un juge frappé lui a accordés en réparation d’un préjudice imaginaire, voici notre King Kong bling bling qui « corrige » la pièce de Claude Magnier qui fut merveilleusement interprétée par Louis de Funès, Claude Rich, Claude Gensac dans le film homonyme réalisé par Edouard Molinaro. Tapie côtoie sur les planches sa fille Sophie qui est « son père avec une frange », dixit Chantal Ladesou qui joue dans cette galère et trouve que Bernard Paillasson est « extrêmement drôle ». Depuis quelques années on a bien l’habitude de voir des « coups » où père et fille jouent ensemble (au secours Delon bientôt avec fifille !) quand ce n’est pas père et fils, époux et épouse, etc. Parfois on fait payer au public le prix d’un vrai spectacle pour entendre deux vieilles gloires amnésiques et presque grabataires lire un texte en scène. Il y a quelque chose de pourri dans le Danemark du théâtre français, c’est normal, mais payer pour voir le Tapi singer de Funès et réécrire Magnier serait du masochisme. Evitez le Théâtre de Paris jusqu’au 3 janvier. Cela pue. Le fric, on avait l’habitude. Mais le népotisme en plus, la prétention, c’est un peu trop , même pour un monde en voie de sous-développement culturel comme le nôtre.
Je new suis pas arrivée à vous dégoûter ? Je cite encore « J’y ai mis ma patte pour animer les acteurs. » Bas les pattes ! Sutor, new ultra crepidam ! (Cordonnier, pas plus haut que la sandale !)

jeudi 4 décembre 2008

Esprit libre




Paella : c’est le pseudo choisi par Michel Palacio, anagramme qui tombe… à point, l’artiste étant d’origine espagnole.
« Cent papiers » c’est le titre de son exposition d’affiches, dessins, estampes et peintures au Cabient d’amateur, 12 rue de la Forge Royale Paris 11éme. Des textes inspirés émaillent des dessins de grande qualité, grinçants d’un humour anarchiste et libertaire qui fleure bon son homme libre. Un Don Quichotte qui, sans rien perdre de son courage, a le sens des réalités. Et un sacré talent. Jusqu’au 14 décembre.
Paella, esprit libre

mercredi 3 décembre 2008

Thé et sympathie



Avec Chloé à la Pâtisserie Viennoise rue de l’Ecole de Médecine, temple du strudel et du gâteau au pavot que je fréquentais dès mes premiers jours à Paris. Au mur, cette incroyable affiche, eh oui, d’autres temps… des temps où je n’aurais pas pu vous écrire sur mon blog mais où j’aurais peut-être volé avec la Franco-Roumaine de Navigation.

mardi 2 décembre 2008

Jeunesse sait… Brainstorming




Dans la série « Nos enfants chéris » Salon du Livre de jeunesse de Montreuil (ambiance foule et mère avec enfant au repos plus bas) et ce samedi 29 novembre projection à l'Elysée Biarritzde trois courts métrages dont l’hilarant, chtarbé, passionnant « Brainstorming » de David Freymond. Rapide, moderne, super équipe dont une brochette d’adorables comédiennes ; happée par l’histoire, j’ai oublié de photographier l’écran, mais suivez la trace du film dans les festivals. Voici une image de la fête qui suivit à Ekla Production. Un réalisateur est né, c’est le beau gosse qui essaie de fuir à la gauche de l’image.

vendredi 28 novembre 2008

Interview radio


Aujourd'hui Aux Deux Magots, entretien radiophonique et séance photos avec la charmante équipe de NRJ. Brice Depasse me pose des questions qui fleurent bon une lecture attentive de mes romans et une belle sensibilité. Une fois diffusée, l'emission sera podcastée, je vous dirai tout.

mercredi 26 novembre 2008

DE L’ART DE BOUCHE- dans la série mes restaurants préférés


Bon, j’ai bien hésité avant de vous raconter ma soirée d’hier. Puis je me suis dit que j’avais créé mon blog pour vous dire mes enthousiasmes et mes découvertes artistiques et que je ne devais pas m’autocensurer (ils vont croire que je suis prétentieuse, que je me la joue, etc) alors que j’avais vécu un bel éblouissement que j’ai envie de vous conseiller. Dont acte. Ce fut une parenthèse enchantée dans la grisaille des jours et les soucis d’une époque tourmentée, bousculée de toutes parts, un voyage dans le temps sous les ailes de l’esprit d’excellence. Le Grand Véfour, ce premier restaurant français, créé en 1784 dans l’écrin du Palais Royal vibre toujours des fastes émouvants du décor d’origine, rehaussé de sous-verre délicats, étincelant des feux de candélabres en cristal, adouci par le moelleux théâtral de velours rouge. Un théâtre magique ! Pas étonnant qu’après le tumulte de la bataille d’Hernani Victor Hugo et ses amis soient venus précisément ici pour se restaurer et inaugurer une époque théâtrale d’audace et génie. Nous étions installés à la table de Colette qui venait en voisine et les souvenirs de tant d’aimables spectres chéris présidaient à la soirée : des révolutionnaires de 1789 aux artistes, l’excellence du lieu mettant d’accord tous les bords politiques puisque de Cocteau à Aragon, de Guitry à Sartre, de Malraux à Jouvet, ils fréquentèrent tous cette table célèbre. Pour les autres dames, Simone de Beauvoir et la belle Otéro pour ne donner que deux extrêmes. A mon arrivée à Paris, installée à deux pas, rue du Jour, je rêvais déjà de m’y rendre. La nouvelle de l’attentat m’avait peinée, j’avais suivi le combat des victimes, menées par la courageuse Françoise Roudetsky. Et voilà qu’au bout de beaucoup d’années, une charmante invitation m’aida enfin à réaliser ce rêve. Qui dépassa mes espérances. La gastronomie est un art, je le pense et le ressens. J’ai eu l’occasion d’en parler en découvrant dans leurs œuvres Monsieur Roellinger et d’autres artistes cusiniers que j’ai évoqués dans ces pages. Guy Martin, l’actuel chef du Grand Véfour s’inscrit dans la continuité d’une réflexion et d’une création de grand niveau. Passionné de peinture qui lui inspire d’ailleurs la plupart de ses créations, auteur d’excellents ouvrages sur la cuisine aux Editions du Chêne et du Seuil parmi d’autres, il transmue, dans le sens purement alchimique du terme, des ingrédients de grande qualité venus des plus belles régions de France (ah ma Bretagne, son homard bleu, son sel de Guérande !) en plats exquis. Des œuvres d’art. Le chef écrit qu’il regrette le côté éphémère des créations gastronomiques, mais, foi d’Anca, lorsque un des mets arriva hier sur la table, un souvenir vieux de décennies surgit et j’articulai sans hésitations « ravioles de foie gras ». Je les avais reconnues aussitôt, alors que mon coup de foudre pour ces merveilles datait du milieu des années quatre-vingts quand Guy Martin était chef au Château de Divonne et qu’avec quelques amis gourmets de Lausanne nous nous offrions, aux grandes occasions, un de ses repas en traversant le lac Léman en bateau. Il y a des madeleines de Proust dans la haute gastronomie aussi. Je garderai précieusement le souvenir de cette soirée toute de raffinement, de simplicité (l’endroit est stylé mais sans aucune prétention), de passion et de savoir partagée par tout le personnel du maître d’hôtel au sommelier, un beau cadeau que je reçus le jour de la Sainte Catherine, une lumière dans la nuit que je vous conseille et souhaite. Je commence une cagnotte pour essayer de revenir au plus vite.